“S’il n’y a pas de solution…

“S’il n’y a pas de solution…

... c'est qu'il n'y a pas de problème."

Cette citation de Jacques Rouxel, animateur de dessins animés français dont les célèbres Shadok, m’a fait de l’œil l’autre jour.

C’est le genre de phrase qui soulage, les jours où on ne va pas très bien. Ça aide à prendre du recul, à se détacher. Le type de phrase qui nous arrache un sourire.

Alors, une psychothérapeute peut-elle en faire sa devise ? Ce n’est pas très vendeur ! Imaginez que je dise, après avoir recueilli les plaintes de mes clients, “Rentrez chez vous en paix, tout va bien !” En gros, vous êtes juste un humain, un être bourré de problèmes sans fin ! Car il est vrai qu’avec cette fichue conscience, une grande majorité d’entre nous sommes incapables de jouir paisiblement de la vie. Nous nous créons sans arrêt des soucis, aussi efficacement que des mauvaises herbes poussent dans un champ ! Un soucis en chasse un autre.

Alors, que faire des soucis tenaces, ceux qui paraissent insolubles ?

Le déni

déni

La phrase de Jacques Rouxel pourrait indiquer la voie du déni. Le déni d’une situation est une façon d’ignorer certains aspects de la réalité. On pourrait croire que cette attitude est consciente. Ce n’est pas toujours le cas. Pas souvent même. Le déni est en effet une forme de protection de notre psychisme. Un mécanisme de défense, pour nous protéger des informations que le psychisme n’a pas la force de voir en face et de traiter. Le déni met de côté une réalité encombrante, inavouable, gênante, insoluble, intraitable…

Il est bien évident de ce fait, que le travail d’un thérapeute n’est pas d’encourager ce mécanisme ! C’est tout le contraire. Nous aidons les personnes en souffrance à sortir du déni. Doucement, nous rendons acceptables certaines réalités, qui ensuite peuvent être discutées, guéries. Nous aidons les gens à faire face à ce qui les dérange, et si possible, à rectifier les pensées, idées, comportements, qui nuisent au sentiment de bien être.

Vous l’aurez compris, la phrase de mon ami Shadok ne me convient dans cette interprétation !

L'acceptation

Mais cette phrase peut également être interprétée d’une façon plus sage. Car il existe en chacun de nous des souffrances que nous ne pouvons changer. Même avec toute la lucidité et des centaines d’heures de psychothérapie, il arrive un moment où la meilleure solution, face à un problème, est l’acceptation. Accepter une réalité immuable, sur laquelle nous ne pouvons rien faire, soit parce que cette réalité ne dépend pas de nous, soit parce que nous sommes impuissants face à un problème inaccessible à notre volonté de changement.

C’est notamment le cas pour les souffrances des tiers. Un exemple très fréquent est celui de la maladie. Parfois hélas ceux auxquels nous tenons le plus souffrent, et nous n’y pouvons rien. Il n’est pas dans notre pouvoir de les guérir. Nous pouvons simplement renforcer notre soutien affectif, montrer notre amour. Mais nous n’avons pas le pouvoir de changer l’issue de leur maladie. Ou de la notre d’ailleurs.

Accepter les choses telles qu’elles sont est une attitude que nous avons beaucoup de mal à faire. Des milliers d’ouvrages sur le lâcher prise, la résilience ou la tolérance, ne nous ont pas donné cette capacité. Et pourtant, là réside la libération qui mène à plus de sérénité.

Pour prendre des exemples moins difficiles que la maladie d’un tiers, accepter les choses telles qu’elles sont, et non telles que nous voudrions qu’elles soient, est un cheminement philosophique. Un pas vers la sagesse. Nous sommes sans arrêt en réaction contre des faits qui nous déplaisent. Nous nous agitons en tous sens pour changer ces faits, essayer de toutes nos forces d’aller dans le sens que nous préférons. Parfois cela marche, à force de volonté et de courage, nous pouvons modifier l’issue de certains faits, mais souvent nous nous épuisons en vainc.

Notre cher Shadok a donc en lui cette sagesse ancienne, que l’on peut également citer ainsi :

"Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre".
Marc Aurèle
Philosophe

Nous devons cette magnifique phrase au philosophe Marc Aurèle, empereur, philosophe stoïcien romain du 1er siècle de notre ère, dans son très bel ouvrage “Pensées pour moi même”.

Lucidité et lâcher prise

Lâcher prise

Aller vers la lucidité, la conscience ouverte, changer ce qui peut l’être, mais lâcher prise sur tout le reste, est la voie que je m’efforce d’encourager chez les personnes qui me consultent.

Mais je dois bien avouer que souvent, nous nous accrochons à nos problèmes comme des berniques à un rocher. L’acceptation, en thérapie, n’est pas la partie la plus simple ! Nous sommes notre plus gros obstacle à la guérison !

Notamment du fait des dérives de notre société et illusions de l’homme, que nous n’avons pas réglées depuis la nuit des temps.

Et si le but de l’homme n’était pas cette impossible recherche de bonheur à tout prix ? Combler ce vide et cet ennui par des plaisirs de plus en plus nombreux et futiles ? Et qui n’apportent aucun bonheur durable et profond ? Et tous ces autres termes si difficiles à définir au final, de réelles inventions de nos cerveaux sur-évolués comme “le bonheur”, “la liberté”, “l’amour” et la liste est longue !

Nous avons inventé des termes pour nommer des sentiments globalement inaccessibles à l’être humain. Je propose simplement de…. les ignorer !

Plus sérieusement, puisque j’aime les citations, j’aimerais conclure cet article par deux phrases de Blaise Pascal, mathématicien, physicien et philosophe français du 17ème siècle :

"Il n'y a pas un problème que l'inaction finisse par résoudre"
"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre".
Pascal
Philosophe

Que notre puissance de réflexion et d’action nous serve au moins à essayer ces solutions ! Et si le problème persiste malgré les conseils de Shadok, de Marc Aurèle et de Pascal, venez en discuter avec moi !

Si vous cherchez des exemples précis démontrant l’efficacité d’une telle démarche, nous pouvez aussi lire “Le pouvoir du moment présent” de Eckhart Tollé. Voilà au moins un exemple concret d’un homme dont le non-agir (il est resté assis très longtemps sur un banc !) a permis d’écrire un best seller.

Ou encore allez faire un tour dans la pensée chinoise de Tchouang-tseu, et comme lui, faites parfois la “grève de la volonté”. Qui peut être décliné, pour les mères de famille comme moi, en grève du repas, grève des loisirs, grève du ménage etc… Car le monde de s’effondre pas lorsque nous faisons une petite grève !

A titre personnel je trouve que les termes “grève de la volonté”, ou “glande acceptée”, sont plus accessibles à chacun que “méditation”. Non je ne médite pas profondément, je me contente de … ne rien faire, si possible une à deux heures par jour !

Lectures qui ont inspiré cet article

Philosophies

Marc Aurèle

Concernant les philosophies chinoises, comme celles de Tchouang-tseu (taoïsme), je conseille de lire les ouvrages d’interprétation comme ceux de :

– Yu Dan “Le bonheur selon Tchouang-tseu”

– Alexis Lavis “L’espace de la pensée chinoise”

plutôt que le texte d’origine traduit et commenté :

– Tchouang-tseu “Œuvre complète” de Liou Kia-hway

Tant cette pensée est différente à comprendre par nos modes de pensée européenne.

 

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